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vendredi 15 décembre 2017

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Anne Beaugé, photographe et la mer

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Écrit par Marc Pagnier Publié le 1 nov. 2016 Marc Pagnier

Rédacteur en Chef des titres en anglais, français et chinois.

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ANNE BEAUGÉ est photographe. Photographe-alchimiste ou alchimiste-photographe. Cela dépend de ce que l’on privilégie dans son propre regard. Elle réalise des photos dans lesquelles ses recettes, sa « cuisine » dans le jargon professionnel, trouvent leur place. Avec un regard et une esthétique forte. Cet assemblage, a priori étrange, donne des images d’une étonnante puissance où le beau à toute sa place.

PHOTOS :
Régate Corsica Classic, août 2016 – Photos embarquées depuis le bateau Vistona,
Cotre Aurique de 1937, architecte anglais, propriétaire italien –
© Anne Beaugé/ilsaimentlamer.com

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ANNE BEAUGÉ photographe, retoucheur et la mer

Pendant les Voiles de Saint-Tropez, dans la salle du service presse, une jeune femme, dont c’est la première venue, travaille tous les soirs avec assiduité. Concentrée, le regard fixé sur son ordinateur, elle trie, sélectionne et retouche ses photos. Elle ne s’arrête pas avant vingt-heures. Intrigué, je m’approche. Pendant la conversation nous regardons la sélection des images qui défilent sur l’écran. Rapidement un constat s’impose : les photos présentent une maîtrise technique parfaite au service d’un œil exceptionnel. Cela ne donne pas seulement des photos ou des images mais des œuvres iconiques. Tellement rare que The Provence Herald décide de les diffuser. Anne Beaugé se confie, nous dit sa passion pour la photo, comment elle voit son avenir et sa « cuisine » pour réussir ses photos.

The Provence Herald : Vos photos possèdent un fort contenu informatif tout en étant esthétiques et techniquement parfaites. Comment expliquez-vous cela ?
Anne Beaugé : Cela vient de mon premier métier. Je travaille l’image et la photographie comme retoucheur ou graphiste dans les domaines du luxe, de la publicité et de la mode.

T.P.H. : Pouvez-vous nous en dire plus ?
Anne Beaugé : Le travail de retoucheur est un métier d’artisanat d’art. Il fait appel aussi bien au savoir-faire, à l’expérience qu’à l’« œil » ou dit autrement le style. Cela implique une relation étroite avec le photographe, comme le réalisateur avec son monteur. Ce travail est plus ou moins conséquent, minime ou bien absolument essentiel. Une image de publicité est toujours bien plus retouchée qu’on ne le croit ! C’est un travail de précision, de goût artistique et surtout d’une longue patience

T.P.H. : Quelle est votre formation ?
Anne Beaugé : J’ai d’abord été formée au cinéma à l’université, puis, pour la formation photographie à l’Ecole des Gobelins à Paris. Elle est divisée en deux sections,  » prise de vue  » et  » traitement de l’image post production « . Dans cette dernière, j’ai vite compris qu’il est question d’expressions, couleurs, compositions, volumes, matières. Dès l’école il se forme des binômes « photographe-retoucheur ».

T.P.H. : Aujourd’hui vous travaillez avec qui ?
Anne Beaugé : Je travaille avec et pour les grandes marques de luxe, françaises et internationales. Mes interlocuteurs sont une dizaine de photographes, français et étrangers. Depuis huit années, on a fait appel à moi  pour la mode, les « nature morte » et le montage d’images. Ces derniers temps je travaille surtout pour la mode des grandes marques Chopard, Dior, Cartier et les magazines comme Vogue, W, Harpers Bazard, mais aussi Renault. Certains retoucheurs sont très spécialisés : voiture, bijoux, montres, chromie ou, ce qui est recherché, la retouche des cheveux. Je travaille dès la prise de vue en studio ou sur le plateau, où qu’il soit. Moi qui suis en bout de chaîne de production, j’assiste ainsi à la création de l’image, j’échange directement avec le photographe et toute l’équipe, directeur artistique, client, styliste, coiffeur, maquilleur… On gagne du temps et c’est aussi bien plus excitant ! Les images sont faites dans des endroits magnifiques. Cela répond aussi à mon insatiable envie de bouger et de ne jamais m’arrêter. Je suis avec les photographes, là où ils travaillent.

T.P.H. : Que vous apporte ce monde du luxe et de la publicité ?
Anne Beaugé : Essentiellement une rigueur et une aisance avec les outils numériques. C’est un milieu où les productions sont assez courtes. Tout le monde travaille à fond, plutôt sprint qu’endurance. Mais ensuite il faut être patient car on travaille sur une même image pendant plusieurs semaines. Travailler sur des images haut de gamme destinées à l’industrie du luxe m’a donné une acuité visuelle importante.

ANNE BEAUGÉ photographe et la mer

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T.P.H. : Vous avez été aux Voiles de Saint-Tropez comme photographe et bientôt au Vendée Globe. Aujourd’hui vos activités vous situent aux deux bouts de la chaine de production. Pourquoi cette double casquette ?
Anne Beaugé : Il y a 2 ans, je ne souhaitais pas être photographe. Je reconnaissais le besoin de me renouveler et de renouveler la retouche. Mais après avoir entendue au détour de conversations des phrases comme « j’ai passé 3 jours en mer et c’est la chose la plus dépaysante que j’ai faite de ma vie », je me suis mise à naviguer. J’ai embarqué pour un convoyage, entre Bonifacio et Marseille, sur un voilier de course-croisère qui venait de boucler le Tour de Corse à la Voile, en octobre 2014. Ce que j’ai découvert en mer, les couleurs, l’espace, ses lois et les sensations m’ont bouleversée. Les voiles, les courbes du bateau, les gestes des marins sont à l’origine de mon métier de photographe. Tout de suite j’ai naviguée sur des bateaux performants avec des marins expérimentés, car ils ont besoin d’images pour leur communication. Pas un week-end, pas un temps libre depuis ne s’est passé loin de la mer et des bateaux.

T.P.H. : Comme photographe quelles sont les images que vous aimez faire ?
Anne Beaugé : Quand je suis embarquée en course, avec l’équipage en action et la flotte vue du bord. L’énergie, les gestes, la cohésion nécessaire me fascinent. Toute personne qui semble anodine à terre se révèle en mer lorsque le plancher n’est plus horizontal et l’attention portée à l’avancement du bateau grâce au vent. Partager l’intensité d’une régate avec son équipage et narrer l’histoire me plaît énormément. Lorsque je fais des images, sans gêner l’équipage et la bonne marche du bateau, je ne mets jamais en scène les situations. Je compose avec les visages, détails, actions ou paysages. Personne ne pose, personne ne fait attention à moi. On m’a demandé parfois « est-ce que la lumière aujourd’hui te plaît? »  Et c’est drôle car de toutes les façons, personne ne peut la changer, il faut faire avec. Parfois elle vous sidère et nourri les pupilles parfois non, et puis finalement se révèle après, sur l’écran.

T.P.H. : Vous parlez de l’écran. Comment se déroule votre travail de post-production ?
Anne Beaugé : C’est une partie importante car le photographe ne voit pas ce qu’il fait. Quand je déclenche, le miroir de l’appareil se lève et obture le viseur. Si on prend plusieurs images d’affilée (en rafale pour augmenter les chances d’avoir le geste ou l’expression intéressante) pendant tout ce temps le viseur est noir. On ne découvre les images que le soir, en éditant les milliers de clics faits dans la journée. La deuxième partie du travail, le choix des images et des couleurs est aussi importante que la prise de vue. Ce travail est long, même si on est rapide.

T.P.H. : Chaque photographe a, ce que l’on appelle dans le métier, sa propre « cuisine ». Quelles sont vos recettes pour améliorer vos photos ?
Anne Beaugé : Pour ma part, je cherche d’abord la teinte des peaux et ensuite l’équilibre avec l’eau et le ciel. Un peu de cyan dans les rouges, moins de magenta et un peu de jaune, ce qui revient à les brunir. Sur les bateaux classiques la teinte du bois et celle de la peau est proche. Pour l’eau, je coupe parfois ses reflets avec un filtre sur l’objectif, comme on a sur les lunettes de soleil, pour obtenir un arrière-plan dense. Suivant la couleur de la lumière ambiante, je fais un peu l’inverse, j’ajoute du rouge dans les bleus. C’est mon « assaisonnement ». L’apprentissage du tirage en argentique chimique, à l’ancienne, aide beaucoup à comprendre ces mélanges de couleurs. De toutes les façons l’appareil photo livre une image souvent assez moche à la base car il est neutre. Il faut l’ajuster au moins un petit peu pour lui redonner la subjectivité d’un regard.

T.P.H. : Quels sont les thèmes que vous aimez aborder ?
Anne Beaugé : J’ai toujours photographié des sujets divers comme des paysages de rivières, en hommage au travail sur un torrent de montagnes Ardéchoises que réalise mon père peintre depuis presque 50 ans. J’ai réalisé aussi des portraits de comédiens de théâtre, des images de spectacles vivants et de courts portraits de marins en vidéo. D’un point de vue commercial, j’aimerais utiliser mon savoir-faire, acquis sur les images de luxe et de mode, pour des fabricants de matériaux high-tech et de luxe dans le nautisme.

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Pour ce qui est du reportage je souhaiterais suivre le travail des charpentiers de marine et des fabricants de voiles. J’ai un projet en cours, celui de réaliser un Guide Nautique de la Mer Blanche, une région Occidentale de Russie, où la navigation est peu connue et reconnue. Je m’occuperais de la partie image, en binôme avec un marin sportif qui a traversé l’Atlantique, la « Mini-Transat », la plus petite  catégorie de course au large. Nous naviguerions en été lorsque les eaux sont libres de glace, sur un trimaran de vingt pieds, sans moteur.

T.P.H. : Que vous apporte la photographie ?
Anne Beaugé : la découverte d’une terre, d’une ville, de son relief et de sa culture par la mer. C’est formidable d’exercer son métier dans ces conditions. N’ayant pas grandi dans ce milieu je peux observer qu’il y a un état d’esprit des gens de mer à l’humour particulier. Il me reste tellement à découvrir. Je me sens plus marin que terrienne à bien des moments, c’est une chose que ce métier peut m’offrir.

T.P.H. : Comment voyez-vous le métier de photographe et qu’elle est votre spécificité ?
Anne Beaugé : Le métier de photographe est assez risqué car en tant qu’indépendant on ne peut compter que sur soi. La concurrence est vraiment forte, notamment dans le milieu nautique. Il change rapidement, en effet, car les photographes doivent aussi faire des vidéos avec drone et caméra. Ma spécificité se trouve que je découvre la mer. Ma vision des marins et des bateaux est fraîche, non usée par des années d’expériences sur l’eau. Je réalise aussi plus d’images à bord qu’à l’extérieur des bateaux.

T.P.H. : Quand vous faites une photo, que voulez-vous dire ? Et à contrario, ce que vous ne voulez surtout pas dire ?
Anne Beaugé : Je cherche un geste, celui d’une main, d’un corps ou même d’une vague qui lèche un winch dans l’eau sur un bateau qui gîte. Cette recherche est acharnée. Le mouvement m’intéresse plus que la ligne ou l’alignement exact. Je cherche ce qui raconte une histoire, qui témoigne la navigation en général, sportive en particulier. Mais Je ne cherche pas à les retoucher ! J’en oublie l’existence de cette possibilité d’ailleurs. Même s’il elle reste bien utile parfois…

T.P.H. : Votre métier vous confronte au sens que donnent les gens à leur vie. Quel est le votre ?
Anne Beaugé : Vaste question bien sûr mais réponse directe : celui qu’on se veut bien lui donner ! Et aussi être curieux des sens que l’on peut lui donner. S’il n’est pas toujours facilement identifiable il est juste quand l’énergie dont nous avons besoin se trouve facile à fournir.

T.P.H. : Le matériel doit occuper une place importante dans votre activité. Quelle relation avez-vous avec lui ?
Anne Beaugé : J’ai réalisé récemment que je peux ne pas avoir d’appartement, à la limite ne pas avoir de voiture, mais je ne peux pas me passer d’appareils photos. C’est « révélateur » ! Mon matériel souffre car la mer et le sel sont très corrosifs avec les pièces en aluminium et les contacts électriques des boitiers. Le sable aime trop les moteurs des autofocus et des stabilisateurs gyroscopiques. Je dois dire que je suis étonnée de la fiabilité du matériel. Quoi qu’il arrive tout sortir de la valise étanche après chaque shooting. Le matériel doit être dépoussiéré, dessalé et rangé astucieusement pour qu’il soit toujours prêt.

T.P.H. : Pourquoi le titre de votre blog « ilsaimentlamer » ?
Anne beaugé : Parce que c’est réellement le sujet de mes images, ceux qui aiment la mer !

T.P.H. : Nous arrivons au terme de notre interview. Voudriez-vous ajouter quelque chose ?
Anne Beaugé : Dans les prises de vues que j’ai eu l’occasion de réaliser, on s’aperçoit que les marins sont majoritairement des hommes. Certes, c’est un beau sujet en tant que femme photographe, mais c’est aussi un peu par la force des choses, car ils sont plus nombreux. Je ressens maintenant comme un manque l’absence des femmes bien qu’elles soient de plus en plus présentes dans les équipages. Pour mes prochains reportages, je cherche des femmes marin, skipper, capitaine et charpentier…

nom : Beaugé
prénom : Anne
âge : 31 ans
lieu de naissance : Les Lilas , Seine Saint Denis

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