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AS FOUR STEP du Tjimur Dance Theatre de Taïwan

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Écrit par Marc Pagnier Publié le 15 août 2017 Marc Pagnier

Rédacteur en Chef des titres en anglais, français et chinois.

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AS FOUR STEP. Présentée au Festival OFF d’Avignon 2017, la danse est une création de Baru Madiljin, chorégraphe du Tjimur Dance Theatre. L’architecture du spectacle vient d’une danse festive de l’ethnie Paiwan installée au sud-est de l’ile de Taïwan. Si l’origine s’inscrit indéniablement dans une culture aborigène son écriture devient compréhensible par tous les spectateurs, quels qu’ils soient, grâce au travail remarquable du chorégraphe et de sa directrice artistique Ljuzem Madiljin. Dire que le spectacle est une réussite complète fait parfaitement comprendre l’enthousiasme du public : chaque représentation se déroule à guichet fermé et se termine par un standing ovation de plusieurs minutes… FESTIVAL OFF D’AVIGNON 2017

As four Step : de la danse aborigène…

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Le titre « As four Step » correspond au titre en chinois « comme si ce n’était pas une danse ». Mais celui-ci est aussi basé sur une homophonie d’une danse de fête des aborigènes paiwan « danse des 4 pas ». Festive, elle s’exécute au son des psalmodies ancestrales et une succession de pas : à gauche, à droite, en avant, en arrière. Pas compliquée techniquement, la chorégraphie comporte un langage direct d’une grande pureté. La musique choisit par Baru Madiljin amène le spectateur à un état méditatif qui le fait adhérer aux chants et aux danses. Il se trouve intégré dans un monde propre au chorégraphe.

Un retour aux sources

Pour en arriver là, il a fallu au créateur revenir dans son ancien village, rejoindre sa sœur Ljuzem Madiljin, fonder la Tjimur Dance Theatre et revenir aux sources. Tout cela pour développer un langage qui lui soit propre. Un retour sur soi pour mieux s’ouvrir au monde.
Aussi le choix de Tjimur n’est pas innocent. Le mot renvoie à un nom de tribu du canton de Sandimen dans le district de Pingtung. Sandimen est un creuset de l’ancestrale culture des Paiwan où un grand nombre d’artisans d’art traditionnel travaillent. Et un nombre important de travaux littéraires et historiques voient le jour. Mais, peut-être le plus significatif, une nouvelle génération d’artistes capables d’une synthèse entre la culture traditionnelle et les arts contemporains de la scène trouve sa place. Cet environnement justifie d’autant plus ce retour aux sources et la création de la Tjimur Dance Theatre en 2006.

As four Stape : … à la danse du village monde

Les années passées à Taïwan ne permettent pas à Baru Madiljin de trouver une voie satisfaisante dans la danse contemporaine et plus précisément occidentale. En 2006, il revient dans son village rejoindre sa sœur qui possédait une compagnie où elle s’occupait de la création et de la formation de danseurs. Pour lui, ce retour est important car pour « pouvoir faire, il faut venir dans son village natal créer ce que je fais actuellement ». Certainement le seul moyen d’aller jusqu’au bout.
Dans la Tjimur Dance Theatre, Ljuzem Madiljin apprend également aux danseurs à chanter.

De la voix au corps

Une des originalités de la Compagnie se situe dans la capacité des danseurs à comprendre que le mouvement créé se situe d’abord dans la voix pour ensuite aller dans le corps. Ljuzem remarque que les deux danseuses de As Four Step « pleuraient au début car elles ne savaient pas chanter ». Cette volonté de commencer par la maîtrise du chant ne fait que rejoindre la composition des danses aborigènes paiwan où les mélopées et les mélodies composent la structure rythmiques. A cette formation, s’ajoute l’entrainement des ballets occidentaux pour former les muscles et la danse moderne pour former le corps.

Une salle de répétition particulière

Afin de mieux s’intégrer dans sa propre culture et de macérer ces connaissances acquises, Baru installe la salle de répétition en montagne. Ce choix permet aux Anciens paiwan de venir voir, de critiquer et de donner des conseils. Cette relation entre artistes et aborigènes est source d’enrichissement. Mais le chorégraphe sent bien que cet échange n’est possible que si chacun, et lui plus particulièrement, reste ouvert et en écoute. Cette circulation encourage les filles et les garçons à venir et aux anciens à partager. Si cela ne fut pas sans difficulté, il faut reconnaitre que le résultat se remarque dans les ballets présentés à l’international par le Tjimur Dance Theatre.

Déconstruction et reconstruction

Cet enracinement dans sa propre culture Paiwan et être le premier ensemble taiwanais de danse contemporaine nourrit de culture aborigène ne suffisent pas pour créer une œuvre au succès international. Il faut autre chose et plus encore. Il faut pouvoir déconstruire ce qui existe déjà pour reconstruire l’œuvre. Là se situe justement l’action de Baru Madiljin aidé par sa sœur Ljuzem. Il crée un ballet totalement contemporain, donc lisible par tous, tout en ayant les racines au plus profond de la terre Paiwan. Peut-être est-ce là le secret du chorégraphe. Etre totalement dans la Tradition, se nourrir de l’art tribal, entendre d’une oreille les anciens et écouter de l’autre le monde moderne. Le ballet As Four Step n’est plus seulement une danse aborigène mais devient contemporain, c’est-à-dire une racine future reliant à la Tradition.

Une œuvre aboutie, structurée, quasi hypnotique, amenant chacun pénétrer un univers inconnu et restant en mémoire sensorielle. Avec pour juge suprême un public totalement conquis. Une complète réussite.


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