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ex-voto de la chapelle Sainte-Anne à Saint-Tropez (1/2)

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Écrit par Etienne Martel Publié le 21 juin 2017

Journaliste, spécialiste de la nature et du tourisme en Provence

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ex-voto de la chapelle Sainte-Anne : ils font partie des trésors patrimoniaux les plus mystérieux et les moins connus de Saint-Tropez. Ces œuvres réalisées « d’après le vœu fait » par des personnes généralement en situation de danger, sont des manifestations de la foi qui témoignent le plus souvent de la vulnérabilité de l’homme face à la nature. Retour sur quatre œuvres de cette très belle collection.

ex-voto : avant tout une œuvre sacrée qui mérite un respect infini, que l’on soit croyant ou non. Objets fragiles, leur présence est attestée dans l’église paroissiale dès le XVIIe siècle. Au XVIIIe siècle, beaucoup sont déposés dans la chapelle du port dédiée à saint Elme (aujourd’hui disparue). Or, aucun ex-voto antérieur à la Révolution n’est aujourd’hui visible à la chapelle Sainte-Anne qui ne semble faire l’objet de cette pratique qu’à partir du XIXe siècle. Ils ont tous disparu, victimes des Révolutionnaires peut-être, mais aussi de certains hommes d’Eglise ayant peu d’empathie pour des objets qu’ils pouvaient juger encombrants, frustres et reflétant des pratiques proches de la superstition. D’autres encore ont disparu au cours des années, victimes de vols ou plus généralement victimes de l’outrage du temps. Ainsi, même si Saint-Tropez possède l’une des plus importantes collections d’ex-voto de la côte française de Méditerranée, celle-ci n’est que le modeste reflet de ce que les Tropéziens offrirent aux Saints. Ces objets votifs se présentent sous diverses formes, essentiellement des tableaux et des maquettes de bateaux mais aussi des plaques en marbre gravées, des plaques anatomiques, des béquilles et même des fers d’esclaves. Si certains ex-voto comportent des petits textes qui renseignent quelque peu sur l’événement, la recherche historique offre parfois de belles surprises. Retour sur quatre ex-voto remarquables.

Ex-voto L’Aimable Sabine

L’Aimable Sabine © Jean-Louis Chaix – Ville de Saint-Tropez

La scène se passe quelque part non loin des côtes africaines. Nous sommes en 1820, la mer est calme, le vent est frais. Le brig-goélette Aimable Sabine, commandé par le Tropézien, Jean-Jacques Gimbert, vogue toutes voiles (ou presque) dehors. Sur le pont, les hommes s’affairent. A première vue, aucun danger ne justifie le dépôt de cet ex-voto. A y regarder de plus près, on distingue un second navire à l’arrière-plan. On le devine à peine, mais son pavillon est américain. L’Aimable Sabine semble donc poursuivie. Pour quelle raison ? La réponse, à peine cachée, se révèle à travers deux détails. Le premier réside dans le texte du cartouche de l’œuvre : « goélette l’Aimable Sabine, capitaine Gimbert allant à Saint-Domingue, venant de la côte de Guinée en 1820 ». Le second se trouve sur le pont du navire. Le peintre a représenté des esclaves. Plus de doute possible, l’ex-voto raconte un épisode de la traite illégale d’esclaves au XIXe siècle. A cette époque, si l’esclavage n’est pas encore aboli, la traite depuis l’Afrique est interdite. Les navires de guerre français, américains et anglais sillonnent les mers à la recherche des capitaines qui pratiquent encore l’infâme commerce. Et oui, ce jour-là, le capitaine Gimbert, qui d’ailleurs, n’avait jamais passé son brevet de capitaine, avait fait vœu à sainte Anne de venir lui déposer un ex-voto s’il échappait à son poursuivant, ce qui fut fait. Gimbert put en effet, vendre sa cargaison d’esclaves à Saint-Domingue, rentrer en France, se marier, acheter une belle maison sur la place des Lices et vivre sans travailler pendant quatre ans. Mais en 1824, il lui fallut repartir naviguer. Il tenta une nouvelle fois d’acheter des esclaves sur la côte du Nigéria. Mais peu après son départ vers les côtes américaines, il se fit prendre par un navire de guerre anglais. Son navire fut confisqué, les esclaves libérés et il passa devant un tribunal en Sierra Léone avant de mourir de maladie sur cette île, peu de temps après. (A suivre)

Nos remerciements pour son aide à Laurent Pavlidis, historien et responsable du musée d’histoire maritime de la Citadelle de Saint-Tropez. Article paru dans « La Revue du Port de Saint-Tropez », 2016


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