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mardi 22 août 2017

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MICHEL CORBOU PHOTOGRAPHE DE LA TERRE ET DE LA MER

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Écrit par Marc Pagnier Publié le 18 avr. 2017 Marc Pagnier

Rédacteur en Chef des titres en anglais, français et chinois.

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Michel Corbou photographie la réalité. Partir de la terre et de la mer et inversement de la mer à la terre, deux éléments vitaux pour l’homme, ouvre une réalité qui se dévoile dans le temps. Ainsi, le photographe se rend depuis plusieurs années aux îles Chausey, en Normandie, pour enregistrer dans son appareil un mouvement perpétuel. Deux fois par jour, à heure fixe, la marée descendante présente au monde ce que la mer cache aux yeux de tous. Et deux fois par jour, à heure fixe, la mer recouvre ce qu’elle montre. Cet aller retour, régulier, précis, démonstratif, voir quasi hypnotique, unique au monde, dépasse notre propre compréhension. Michel Corbou rend esthétiquement visible une nature rude, humide, faite de vallées, de rochers, qui nous écrase et nous exalte. Mais dont l’homme devient spectateur et en même temps mesure. L’exposition « Le grand écart », ou l’homme et la nature se justifient mutuellement. A voir de toute urgence au Domaine du Rayol, jusqu’au 28 mai. (Photos © Michel Corbou)

Michel Corbou, « Le grand écart »

Mais pourquoi ce titre ? Un chiffre l’explique facilement. Entre la marée haute et la marée basse treize mètres les sépare. Ces treize mètres nous plongent dans un abîme géologique, esthétique et d’incompréhension. Même la raison est incapable de nous affranchir. Seul le travail de Michel Corbou rend quasi palpable cette réalité dont nous avons du mal à  pénétrer justement la réalité.

On accède aux îles Chausey par bateau soit de Saint-Malo soit de Granville. Archipel de 52 blocs étalés sur plus de 6 kilomètres, 30 personnes y habitent pendant toute l’année. L’estran couvre 2000 hectares à marée basse. Devant ces faits, il est fort possible de voir cet espace comme le bout du monde.

Mais face aux photos notre imagination peut arpenter cet univers méconnu. Nous revivons la même fascination que procurait la lecture des ouvrages de Jules Verne. A la grande différence qu’ici la réalité dépasse la fiction. Michel Corbou ne prend pas parti. Ses photos argumentent, exposent, esthétisent, informent, bref elles sont l’expression d’une oeuvre artistique forte. Pour le plus grand plaisir de nos yeux, de notre âme. La nature devient consubstantielle à l’homme. Cela explique certainement la présence de l’exposition au Domaine du Rayol !

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Le ciel bleu, le sol couleur algue, la nature ne dit pas toujours tout au premier regard. L’attention se trouve sollicitée. Nous pénétrons ainsi, petit à petit, un mystère.

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La réalité se rend visible par ses formes, ses mouvements, ses dégradés. L’absence de couleurs, hormis le noir et le blanc qui sont deux couleurs, rend l’âpreté de cette nature dévoilée. L’image raconte.

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La mer absente, bien que présente dans le temps, montre son travail patient, lent, inexorable mais, ôcombien, porteur de vie. Bientôt elle recouvrira ce qu’elle offre si généreusement. Il ne restera que l’eau…

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Hauteur, largeur, profondeur sont inconnus. Couleurs vraies et fausses. L’art dit plus et aide à savoir. Michel Corbou le remarque : « On a beau le savoir (le voyageur peut s’informer), la basse mer dévoile lentement quelques milliers d’îlots, rochers et cailloux, usés, brossés, roulés et fracassés, polis ou brisés par les marées. »

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La nature offre des sculptures bien étranges. Gilles Clément écrivain, jardinier, paysagiste constate que « Pour se perdre ainsi – (ainsi que disent les photos) -, pour atterrir dans un espace offert à ceux qui en nous, en nos corps trop lourds, se réveillent, se rebellent et subitement deviennent extra-terrestres, il faut abandonner le plat de l’île qui sert de sommet, il faut s’extraire du vert et des calmes pâtures, il faut tourner le dos aux rares constructions, s’égarer dans l’espace du marnage où les crabes rayent la grève pour faire un dessin éphémère. La mer, bientôt, effacera ces oeuvres et tout pourra recommencer. Ici tous les animaux dessinent. Vous êtes dans un tableau dont le cadre sans ligne droite est tenu par un semis de roches au dos rond où les varechs en flaques rythment l’espace comme s’ils n’étaient que les ombres portées du relief. »


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