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dimanche 19 novembre 2017

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MONACO MUSIC FORUM OU LES CORPS ET LES SONS EN MOUVEMENT

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Écrit par Marc Pagnier Publié le 7 avr. 2017 Marc Pagnier

Rédacteur en Chef des titres en anglais, français et chinois.

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Monaco Music Forum, dimanche 2 avril, présenta dix concerts et spectacles à  l’Auditorium Rainier III à Monte-Carlo. Cette Journée consacrée à l’art contemporain comprenait de la musique et de la danse. Et des moments exceptionnels.

Monaco Music Forum : un plateau impressionnant

Monaco Music Forum se pose comme un moment incontournable pour entendre et voir l’expression artistique contemporaine. Un nombre impressionnant de compositeurs sont présents pendant cet après-midi : Luc Ferrari, Francesco Filidei, Sofia Goubaïdoulina, Régis Campo, Franck Bedrossian, Klaus Huber, Ramon Lazkano, Yoshihisa Taïra, Miroslav Srnka, Henry Cowell, Gilbert Amy et George Antheil. Et pour la danse, Léa Montravers, performance, et l’École Supérieure de Danse de Cannes Mougins Rosella Hightower présentée par le Cannes Jeune Ballet. Mais sans oublier les interprètes : l’Orchestre Philharmonique de Nice sous la direction de Pierre-André Valade, le flûtiste Mario Caroli, l’accordéoniste Jean-Etienne Sotty, Thierry Miroglio, percussions et Wilhem Latchoumia, pianiste.

Monaco Music Forum : une programmation riche et variée

Les œuvres présentées comptent trois créations mondiales commandées par le Festival du Printemps des Arts de Monte-Carlo, Sull’essere angeli de Francesco Filidei, Hondar de Ramon Lazkano et move 03 de Miroslav Srnka. Celles-ci furent jouées en présence des compositeurs. A cela s’ajoute quatre compositions de quatre compositeurs différents pour accordéon seul. Et trois compositeurs pour piano solo et un pour percussion. Sans oublier l’œuvre récente pour le Cannes Jeune Ballet. En tout ce sont quinze œuvres données pendant dix concerts. Une journée bien remplie…

Monaco Music Forum : commence par un tunnel…

Sous le Tunnel Louis II, là où passent les voitures du Grand Prix F1, commence « Corps et sons en mouvement ».

Ouverture : Performance à cheval

Arrive un cheval monté par Léa Montravers. La tête en feu elle longe les spectateurs. Droit sur son cheval, sans broncher, elle crache des flammes. L’artiste présente cette performance « comme préparant le public à une entrée dans un monde parallèle emprunt de sensibilité artistique. Ce ne sont là que les prémices de la découverte... ».

Danse (création) : Luc Ferrari, The chosen one

 

(Danse, de Anja Berhend – © Alain Hanel)

Toujours sous le tunnel, suit un ballet Danse, dont la chorégraphie est de Anja Berhend et la musique, The chosen one de Luc Ferrari. Celle-ci est une des sources d’inspiration du ballet. L’autre est cette proximité avec l’eau, en plein jour et dans un espace ouvert. Pour la chorégraphe, la musique renvoie à la turbulence de la nature et ses destructions. Elle lui rappelle le célèbre ballet du Sacre du Printemps dont elle fut danseuse dans les deux versions, celle de John Meier avec le Ballet de Hambourg et celle de Béjart avec les Ballets de Monte-Carlo. S’il y eut quelques hésitations chez les jeunes danseurs du Cannes Jeune Ballet, dû à leur jeune âge, l’ensemble a fait preuve d’un très grand esprit collectif. Ils ont tous, à leur niveau, démontré que la puissance et la souplesse est le fruit d’un travail personnel. Dans ce corps de ballet, il se trouve, à n’en pas douter, de futures étoiles.

Monaco Music Forum se poursuit dans l’Auditorium Rainier III

Orchestre : Francesco Filidei, Sull’essere angeli

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(Sull’essere angeli de Francesco Filidei, à gauche, Mario Caroli, flûtiste, au centre, et Pierre-André Valade, à droite, direction de l’Orchestre Philharmonique de Nice – © Alain Hanel)

Dans la salle Kreizberg a lieu la première mondiale de cette pièce commandée par le Festival du Printemps des Arts de Monte-Carlo. Une réussite exceptionnelle tant sur le plan de l’écriture que de l’exécution. Le point d’orgue de la journée. L’Orchestre Philharmonique de Nice sous la baguette de Pierre-André Valade a su entendre la partition. Il devient magistralement enveloppant, épousant le jeu de la flûte. Mario Caroli, flûtiste, nous fait entrer dans un monologue quasi transcendantal. L’instrument entre ses mains devient chant et déploie pendant trente minutes une longue mélodie affinée par l’utilisation de quarts de ton. Mario Caroli le dit clairement :  » ce n’est pas la difficulté technique des notes qui s’impose mais cette concentration sur une seule ligne. La pièce dure très longtemps, trente minutes. Mais si je joue cette oeuvre, c’est qu’il existe une empathie entre elle et moi « . Le sous-titre dit bien son contenu et par là sa difficulté : Dédicace à la mémoire d’un autre ange. En effet, Francesco Filidei avoue sa fascination, en aucun cas morbide, pour le destin d’une photographe américaine morte à l’âge de 22 ans. Francesca Woodman (1958-1981) se défenestra de son appartement new-yorkais, incapable de circonvenir sa mélancolie. Ici se situe l’impressionnant sentiment qui étreint l’auditeur. Il est pris dans sa raison comme dans ses sens. L’entièreté de sa personne se trouve déplacé par le jeu du flûtiste et de l’orchestre. Nous pénétrons un monde où le son de l’instrument se transforme en une mise à nu. Francesco Filidei a beau dire « je ne peux plus regarder que du côté de l’ombre« , celle-ci donne une richesse de coloris et de formes, lourde de présence. Cette richesse devient consubstantielle à tout voyageur épris d’art. La musique de Francesco Filidei est pour nous la quintessence de la musique contemporaine. Car elle nous amène dans des espaces insoupçonnés, des sons rares, grâce à une écriture pleine de finesse, de subtilité, d’esprit. Mais aussi sans tapage ni provocation exhibitionniste. Où dit autrement, elle a ce pouvoir très rare de rendre l’Homme qui l’écoute plus Homme encore. Instant d’une beauté mystique.

Pole dance contemporain : Sofia Goubaïdoulina, De profundis

Crée en 1980 à Moscou, l’œuvre est composée pour bayan solo. Jean-Etienne Sotty, accordéoniste, s’est montré particulièrement inspiré dans l’interprétation d’une partition devenu emblématique de l’accordéon moderne. On y trouve l’opposition chère à l’auteur entre ténèbres et lumières. Elle s’exprime par la confrontation du diatonisme et des accords parfaits. Et tout autant du chromatisme et des dissonances. Fait de nuances malgré certains accords d’oppositions le jeu de l’interprète nous ouvre un vaste horizon grâce à une palette expressive. La performatrice Léa Montravers accompagnait le jeu de l’accordéon. Au début proche de la pole-danse, les mouvements se dégageaient petit à petit de la simple verticalité pour se mouvoir à l’horizontal. Et revenir à la verticalité, début d’une montée spirituelle.

Accordéon : Régis Campo, La Follia (extrait du Livre de Sonates), Franck Bedrossian, Bossa Nova, Klaus Huber, Winter Seeds (extraits)

Jean-Etienne Sotty joue seul les trois pièces très courtes, respectivement 2’30 », 7′ et 5′. Dans ces œuvres contemporaines, l’accordéon donne des fragments diatoniques, des tremblés ou simule des sons affectés par un traitement électronique. Mais d’autres formes sont exploitées. Frottement des pieds de l’interprète, voix parlé-rythmé, l’ensemble produit de savoureux effets de consonances et dissonances mêlées. Il faut avoir une grande maîtrise de son art pour maintenir l’attention. Jean-Etienne Sotty tire dans tous les sens son instrument à la limite de lui faire rendre l’âme. Et nous sommes entraînés vers des rivages étranges, poétiques.

Orchestre : Ramon Lazkano, Hondar

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(Ramon Lazkano © Tina Merandon)

Retour à la salle Kreizberg pour entendre la deuxième création mondiale et commande du Festival du Printemps des Arts de Monte-Carlo, Hondar de Ramon Lazkano. Le sable, dont il s’agit, vient de loin dans le temps et son écoulement est sa mesure. Basque d’origine, l’auteur exprime une souffrance extérieure. Il pense pouvoir la calmer par une mission dont il se sent habiter : détruire pour reconstruire en association avec les autres arts basques. D’une écriture en micro-intervalle, la partition permet à chacun d’entrer dans une écoute et une concentration toute en finesse. Comme le sable, Hondar. Conduit par Pierre-André Valade, l’Orchestre Philharmonique de Nice a su rendre avec minutie ces espaces temps propices à la méditation.

Performance avec le feu : Yoshihisa Taïra, Monodrame I

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(Léa Montravers © Alain Hanel)

Au Troparium de l’Auditorium Rainier III, Thierry Miroglio, percussions, et Léa Montravers, performance, s’exprimèrent, chacun avec ses moyens. Pour l’un, c’est un ensemble d’objets composant son instrumentarium : cloche de vache, blocs et plaques de bois, gongs, cymbale suspendue, rins (bols bouddhiques japonais), carillons, toms, congas, bongos et timbales. Mais tous sont utilisés de manière traditionnelle. Le jeu demande un agencement de gestes simples et puissants, chargés d’un hiératisme de rituel japonais. Composé de brèves sections improvisées d’après un matériau donné, le son laisse au temps de s’épanouir, voir de s’évanouir. Léa Montravers ressent dans les sonorités qui lui rappelle le théâtre No la possibilité de guider son corps. Le flux ondulatoire du feu amène celui-ci au stade primitif de l’expression. Cette interaction entre la musique exécuté par Thierry Miroglio et la danse par Léa Montravers nous fait passer par diverses épreuves. De la régression à l’exaltation. De l’humain à l’humain senti. Brutal, sophistiqué, brut et harmonieux. Saisissant.

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(Thierry Miroglio)

Orchestre : Miroslav Srnka, move 3

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(Miroslav Srnka © Vojtech Havlik)

Retour pour la dernière fois à la salle Kreizberg. Nous écoutons la troisième création mondiale et commande du Festival du Printemps des Arts de Monte-carlo : move 3 de Miroslav Srnka. Elle s’inscrit dans une série inspirée de l’idée de mouvement. Cette sensation est donnée par l’interaction foisonnante et coordonnées de multiples flux. Le compositeur s’en sert comme un peintre utilise les couleurs de sa palette pour donner à sa toile un ensemble de vibrations construit. Comme le dit Pierre Rigaudière «  par la mise en relation complexe d’éléments sinon simples, du moins identifiables, le compositeur crée une complexité perceptible qui, loin de saturer – et donc neutraliser – l’écoute, la stimule ». L’œuvre demande, en effet, une écoute attentive tant la division des cordes rend une certaine « fibrosité ». Les attaques sont estompées sans être pour cela absorbées. Là, il faut signaler la qualité du jeu de l’Orchestre Philharmonique de Nice, sous la direction de Pierre-André Valade, qui rend toute la subtilité de la partition. Cela est d’autant plus exceptionnel qu’il joua les trois créations mondiales en trois fois. Et, ceci ajoute à la difficulté, avec des entractes d’une longueur supérieure au temps d’exécution.

Piano : Henry Cowell, The Banshee, The Aeolien Harp, First Irish Legend, Gilbert Amy, Oblique II : le récit, George Antheil, Jazz Sonata, Henry Cowell, The Fairy Bells

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(Wilhem Latchoumia © Alain Hanel)

Dernier concert dans l’Auditorium Rainier III. Wilhem Latchoumia au piano commence le premier morceau en activant la vibration des cordes avec les mains. Nous avons déjà rencontrés cette approche chez George Crumb, le compositeur, pendant le « Voyage Surprise » de cette année. Dans le deuxième, une main appuie silencieusement sur les touches tandis que l’autre gratte ou pince les cordes. L’intérêt de ces œuvres se situe pour le pianiste dans la « variété de produire des sonorités nouvelles ». Pour Jazz Sonata de Georg Antheil, Wilhem Latchoumia montre sa virtuosité dans l’enchaînement de trois ou quatre mouvements en deux minutes. Les interprétations magistrales ont convaincues le public.

Monaco Music Forum : un concentré d’art

En cinq heures un nombre impressionnant de compositeurs, d’artistes et d’interprètes dévoilent les richesses de la création contemporaine. Comme un alchimiste Marc Monnet a su associer les divers concerts et représentations pour rendre attentif et intéressé le public. Des instants exceptionnels ont fait sailli, comme par exemple, Sull’essere angeli de Francesco Filidei avec le flûtiste Mario Caroli. Une journée qui restera en mémoire.

Pour plus d’informations sur les compositeurs et les œuvres : FESTIVAL DU PRINTEMPS DES ARTS DE MONTE-CARLO

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