THE PROVENCE HERALD

Les nouvelles de Provence, Alpes & Côte d'Azur

lundi 1 mai 2017

NEWSLETTER
  • Laisser un commentaire
  • Imprimer la page

PHOTOGRAPHE MOINS CÔTES QUE L’« ARTISTE PHOTOGRAPHE »

photographe, weiwei, richard prince, cindy sherman, fine arts, new york, the provence herald, marc pagnier, christie's, han, Dropping Han Dynasty Urn
Écrit par Marc Pagnier Publié le 8 févr. 2017 Marc Pagnier

Rédacteur en Chef des titres en anglais, français et chinois.

> Lire tous ses articles

PHOTOGRAPHE : ils sont actuellement dans le marché de l’art bousculés par ce qu’il faut bien appeler les « artistes photographes ». Les premiers ont produits des photos, des clichés anciens ou modernes, mais se trouvent aujourd’hui dépassés par les seconds qui ne considèrent pas la photographie comme une fin en soi. Cette situation a pour conséquence que le produit des ventes aux enchères est passé de 16 millions de dollars il y a vingt ans à 130 millions en 2016. Une nouvelle carte se dessine sur ce marché, occidental essentiellement, des ventes de produits Fine Art. Cette évolution demande quelques explications…

Photographe et « artiste photographe »

Le photographe, du XIX° siècle à aujourd’hui, produit des clichés qui sortent de l’appareil sans manipulations excessives, déformant ce qui se trouve sur la pellicule ou le disque dur des outils numériques. Ces œuvres produites surtout sur papier deviennent de plus en plus rares sur le marché du Fine Art. Les photographes se caractérisent par un moyen, l’appareil photo, et une œuvre, ce qui se trouve sur la pellicule ou le disque dur. En un mot, nous sommes face à un processus créatif direct sans hybridation possible.

Les « artistes photographes » explorent la photographie comme les autres voies de la création. La photo devient ainsi un media comme un autre, complémentaire ou emblématique, du médium. L’approche s’inscrit dans cette création contemporaine qui aborde tous les medias sans hiérarchie académique. Le créateur est souvent loin d’être un photographe dans le sens commun du mot. Pour lui la photographie est plus un moyen sans constituer une fin en soi.

Les « artistes photographes » contemporains

Pour bien comprendre le marché actuel de la photographie, photographes et « artistes photographe » confondus, il faut s’appuyer sur les chiffres des ventes aux enchères d’ArtPrice. Nous voyons que ces derniers supplantent les premiers en atteignant des scores encore jamais vus dans ce marché du Fine Art.

les photographes, weiwei, richard prince, cindy sherman, fine arts, new york, the provence herald, marc pagnier, christie's, han, Dropping Han Dynasty Urn

(Al Weiwei : Dropping a Han Dynasty Urn ©  photo © unpointculture.com)

Al Weiwei, le dernier arrivant dans le palmarès des meilleures ventes du genre, affiche un parcours plastique et militant hors-norme. En 2016 son premier résultat millionnaire dans ce secteur vient de sa photographie « Dropping a Han Dynasty Urn », un triptyque photographique issu d’une performance exécutée en 1995 (voir : Photographes les mieux côtés en 2016). Le triptyque décompose un seul mouvement où l’artiste lâche de ses mains et laisse se briser au sol un vase ancien de 2000 ans, de la dynastie Han. Ce geste devient libérateur et Al Weiwei « lâche » le passé, brise l’héritage culturel, interrogeant notamment la valeur accordée à l’art et à l’histoire dans nos sociétés. L’oeuvre, importante par sa dimension (136 x 109 cm) et rare (tirées sur 8 exemplaires), était attendue entre 200 000 et 300 000 $. Elle s’est finalement envolée pour 1,08 m$ en février 2016 chez Sotheby’s à Londres. Sa valeur a été multipliée par dix en dix ans, suivant une côte et une popularité explosives.

A part Al Weiwei, les artistes les plus chers du marché restent les américains. Ils sont portés par la puissance de la place new-yorkaise et par des collectionneurs exceptionnels qui soutiennent leurs compatriotes en premier lieu.

les photographes, weiwei, richard prince, cindy sherman, fine arts, new york, the provence herald, marc pagnier, christie's, han, Dropping Han Dynasty Urn

(Cindy Sherman : Unititled Film Stills © Pahaïdon.com)

Bien que l’artiste américaine Cindy Sherman s’est fait discrète aux enchères en 2016 (son indice de prix est en chute libre depuis le pic de 2012 boosté par sa grande rétrospective au MoMA la même année), son record absolu affiche tout de même plus de 6,7 m$ pour une série de vingt-et-un tirages argentiques vendue en 2014, issue de sa série « Untiled Film Stills ». Chaque tirage vaut en moyenne 319.000$ et a été vendue chez Christie’s New York le 12 novembre 2014. Ces dix dernières années, seize photographies de l’artiste se sont vendues plus d’un million de dollars, dont « Untitled #216, 1989, 4/6 » par Sotheby’s New York, le 17 novembre 2016.

En 2016, le grand gagnant est incontestablement Richard Prince, « détourneur » de photographies plus que photographe. On lui doit la moitié du palmarès des dix enchères annuelles. Mais le grand favori de la photographie américaine n’emporte pas de nouveau record absolu. Son grand ektachrome « Untitled » (Cowboy) cédé pour 3,525 m$ le 10 mai 2016 chez Christie’s à New York reste 400 000$ derrière le cliché « Spiritual America » vendu au seuil des 4m$ en mai 2014 par la même maison de ventes…

Tous ces prix sont hauts, bien plus hauts que ceux atteints par les pionniers du XIXème siècle. Le marché récompense les artistes contemporains en vogue par choix culturel et économique mais aussi structurel car les clichés historiques sont devenus une denrée rare. Ce qui laisse les créateurs actuels seuls maitres à bord.

 les photographes, weiwei, richard prince, cindy sherman, fine arts, new york, the provence herald, marc pagnier, christie's, han, Dropping Han Dynasty Urn

(Richard Prince : Untitled Cowboy)


découvrez la Provence-Alpes-Côte d’azur

publicité

Pub

Nos partenaires

vidéo du jour

Galerie de photos