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mercredi 16 août 2017

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VOYAGE SURPRISE (excellentes) DU FESTIVAL DES ARTS DE MONTE CARLO

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Écrit par Marc Pagnier Publié le 23 mars 2017 Marc Pagnier

Rédacteur en Chef des titres en anglais, français et chinois.

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Voyage surprise du dimanche 19 mars a remplit son objectif. En effet, par bus en début d’après-midi, trois cents passagers ont pu assister à quatre représentations de musiques « Classique » et « Contemporaine » dans Monaco. Si le programme n’était pas donné d’avance (Surprise oblige) il réserva pourtant d’exceptionnelles surprises… (Photos @ A. Hanel)

Voyage Surprise : une journée musicale chargée

Quatre concerts ont jalonnés la journée. Très différents, comme nous allons le voir, les uns des autres, ils offrent un éventail intéressant sur l’actualité musicale.

Voyage surprise 14h30 : Lycée Hôtellier

Compositeurs : J-S. BachJ-Ph. Rameau
Interprète : la star du clavecin, Jean Rondeau

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Couvert de récompenses très jeune, Jean Rondeau a illuminé par sa présence ce premier concert. Il interpréta les œuvres de deux compositeurs, Jean-Sébastien Bach et Jean-Philippe Rameau, parues sur un de ses disques chez Warner Classic. D’abord, le Prélude de la Suite n°2 en ut mineur pour luth (BWV 997) suivi par la Fantaisie en ut mineur pour clavier (BWV 906) de Jean-Sébastien Bach. Le Prélude fut joué avec un sens inné de l’espace. Enveloppant l’auditeur de son frappé quasi jazzy il permit ainsi une attention chez l’auditeur propice à l’écoute de la Fantaisie en ut mineur. Celle-ci fut joué sur un tempo légèrement plus rapide que la normale. Le résultat est surprenant : l’oreille entend la note joué tout en espérant la suivante. Pour Jean-Philippe Rameau, le Prélude de la suite en la mineur, extrait du Premier livre de pièces de clavecin, est comme le dit précisément Jean Rondeau, une mise en condition aussi bien de l’artiste que de l’auditoire. Celui-ci répond à cette « mise en condition » par une attention aiguë et un silence attentif. Son interprétation des quatre parties de la Suite en la mineur, extrait des Nouvelles suites de pièces pour clavecin, possède une caractéristique particulière. Habité par l’oeuvre, l’artiste est comme distancié, comme en recul, tout en nous faisant plonger dans sa sonorité. Les attaques furent nettes mais sans sécheresse, ce qui montre, si besoin était, l’intégration intérieure réussie de la maîtrise technique. Il nous faut aussi remarquer que le clavecin Franco-Flamand d’après Rückers-Taskin sur lequel joua Jean Rondeau donne un son d’une très grande pureté. Cela vient certainement des huit pieds du clavecin au lieu des trois du piano. Le son final est tendu sans vibration venant de la caisse.

Voir aussi : JEAN RONDEAU

15h45 : Tunnel Riva

Compositeur : George Crumb
Interprète : Stéphanos Thomopoulos

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Un lieu magique pour une marque de bateaux mythiques. Les Riva sont installés sur un entresol, la proue vers les spectateurs. Les plus classiques et les plus beaux bateaux au monde, si on met à part les voiliers Wally, servent d’écrin à une musique des plus contemporaine. Je ne sais pas si l’intention est voulue par Marc Monnet, mais le résultat est réussi. L’oeuvre jouée cet après-midi est Makrokosmos (volume II) en trois parties de quatre pièces chacune. Le sous-titre Twelve Fantasy-Pieces after the Zodiac pour piano amplifié signifie parfaitement son contenu. Chaque pièce est une porte vers un monde partant du chaos (Première partie : I. Morning Music (Genesis II)/Cancer) pour finir dans une plénitude mystique (Troisième partie : IV. Agnus Dei (SYMBOL)/Capricorn). L’ensemble des douze parties sont structurées et d’une architecture clairement expressive. Si le temps, dans la définition de Saint-Augustin, et la cosmologie sont les terreaux de cette littérature pianistique, le tout comporte un certain romantisme. Dominique Boutel voit dans Makrokosmos clairement une influence de Chopin et de Schumann avec leur inséparable mélancolie et fantaisie. L’oeuvre demande beaucoup au pianiste. Celui-ci doit intervenir dans l’instrument lui-même en faisant glisser des verres sur les cordes ou en frottant celles-ci avec la main ou des objets. En plus, il est amené à chanter, psalmodier, murmurer, siffler, bref à s’exprimer physiquement autrement que par ses simples doigts. Il doit être plus qu’un pianiste. Stéphanos Thomopoulos tient magistralement ce rôle. C’est un alchimiste dont l’éprouvette est le piano, les ingrédients les partitions, les objets les poudres et la voix le souffle de l’incantation. Tout cela demande une maîtrise parfaite. Bouger, s’étirer dans l’instrument, pincer les cordes, revenir en arrière, s’asseoir pour caresser les touches donnent un aperçu assez juste de la complexité de la partition. Mais en plus d’être un alchimiste Stéphanos Thomopoulos devient le prêtre officiant à l’autel. Le regard fixé vers la Présence, il donne à voir et à entendre ce que lui seul peut faire advenir. Le spectateur passe, sans le savoir nécessairement, d’auditeur à membre d’une communauté spirituelle. Le récitatif de Thomopoulos dans la dernière pièce de Makrokosmos, Agnus Dei, permet à chacun de trouver la paix, sa propre paix. Magistral.

Voir aussi : GEORG CRUMBSTEPHANOS THOMOPOULOS

17h00 : Musée de l’automobile

Compositeur : Berlioz
Interprète : Isabelle Vernet

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Qui ne connait pas Les Nuits d’été de Berlioz ? Chef d’oeuvre de la mélodie français et de la musique occidental en général, il enchantera longtemps les auditeurs sensibles aussi bien à la musique qu’au contenu littéraire. Les vers de Théophile Gauthier se trouvent portés à un niveau d’incandescence rarement atteint. Hector Berlioz le disait lui-même dans sa lettre adressée à Carolyne Sayn-Wittenstein, en février 1857 : « Il me semble qu’il y a quelque chose de nouveau dans l’expression de ce bonheur de voir la nuit, d’entendre le silence et prêter des accents sublimes à la mer somnolente ». Madame Vernet nous a offert la première version des Nuits d’été. Ecrite pour mezzo-soprano et piano elle est antérieure à la version orchestrée datant de 1843. Sa voix porte. Bien que situé dans la grande salle du Musée de l’automobile, tout le monde pouvait entendre distinctement les vers. Arrivée avec un corsage noir portant un magnifique dessin de couleurs, madame Vernet a su conquérir l’âme de ses admirateurs. Elle était accompagnée au piano par madame Erika Guiomar. A la fin du concert la salle lui réserva une magnifique ovation.

Voir aussi : Isabelle VERNET

18h00 : Musée océanographique

Compositeur : Patrick Marcland
Mazeppa, ou l’amoureuse échappéeCréation mondiale – Commande du « Festival Printemps des Arts de Monte-Carlo »
Interprètes : Ensemble C Barré – Direction musicale : Sébastien Bouin – Soprano : Chantal Perraud

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La création de l’oeuvre est le produit d’une triple rencontre. D’abord la volonté de Patrick Marcland de créer un drame lyrique avec et pour Chantal Perraud. Ensuite la rencontre de celui-ci avec la nouvelle Mazeppa de Christophe Hardy. Enfin, la demande de Marc Monnet à Patrick Marcland d’une création pour le Festival du Printemps des Arts de Monte-Carlo. Ce processus donnera Mazeppa, ou l’amoureuse échappée, monodrame pour soprano et petit ensemble. Si le sujet est assez convenu dans le monde de l’opéra ou des lieder, il n’en reste pas moins à l’exploiter. Mazeppa est un personnage mi-historique, mi-légendaire de la culture ukrainienne. C’est un page qui tombe amoureux de la jeune épouse d’un prince polonais. Il est condamné à mourir accroché sur un cheval envoyé au galop dans les steppes. Tout est rassemblé pour en faire un drame sombre mais poétique. Patrick Marcland, il faut tout de suite le reconnaître, à évité de tomber dans le pathos. Tout est dans l’émotion, la violence des sentiments, la recherche de l’absolu, les cris où se mêlent la raison et la déraison. Un drame humain confronté aux murs rétrécissants de la vie. Le personnage féminin trouve en Chantal Perraud un être habité par le rôle. Elle arrive, au fil du monodrame, à nous faire entrer dans son angoisse, sa peine, sa lutte de femme amoureuse et son choix de finir « vers les temps obscurs, vers les contrées sans nom ». Avouons-le, nous avons eu la « chair de poule »… Sa voix magnifique de soprano permet de monter dans la note jusqu’à l’aigu absolu. Sans effort Chantal Perraud parcours la partition. L’ensemble C Barré bien conduit par Sébastien Bouin laisse toute la place à la voix. Sa direction colle parfaitement à la reprise de respiration de la soprano. Un travail d’orfèvre.

Voir aussi : Patrick MARCLANDEnsemble C BARRE Chantal PERRAUD

Cette journée « Voyage Surprise » combla les auditeurs venus de toute l’Europe : Allemagne, Italie, Grande Bretagne… et de France. Elle finit en apothéose avec la création mondiale de Mazeppa de Patrick Marcland. Une journée marquée par une programmation exigeante et réussie.

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